Histoire
Kodak a été l’un des pionniers de la photographie numérique : dès 1975, l’un de ses ingénieurs invente le premier appareil photo digital de l’histoire. Cependant, craignant de cannibaliser son très lucratif business de pellicules argentiques qui représentait encore plus de 70 % de ses profits dans les années 1990 la direction choisit d’enterrer l’innovation plutôt que de la promouvoir.
En 2003, confrontée à l’ascension rapide des appareils photo numériques japonais (Sony, Canon, Nikon), Kodak nomme Antonio Pérez, ancien dirigeant d’HP, avec pour mission de transformer le modèle économique. Pérez privilégie une stratégie basée sur les imprimantes et l’impression photo à domicile, un marché déjà saturé et dominé par HP, Canon et Epson. Kodak tarde à proposer une offre numérique cohérente, perd ses parts de marché et ne parvient pas à imposer son écosystème.
Entre 2005 et 2010, malgré plusieurs tentatives appareils numériques Kodak EasyShare, imprimantes à bas coût, kiosques photo l’entreprise reste prisonnière de son passé. Ses innovations sont tardives, ses marges s’effritent, et la transition digitale n’est jamais réellement assumée.
Par ailleurs, la concurrence explose : les smartphones, notamment l’iPhone lancé en 2007, intègrent des appareils photo de plus en plus performants, réduisant brutalement la demande d’appareils compacts un segment où Kodak aurait pu exceller.
En 2012, après avoir brûlé des milliards de dollars en restructurations, vendu des milliers de brevets et licencié des dizaines de milliers d’employés, Kodak déclare faillite. L’entreprise survit ensuite comme une marque réduite, repositionnée sur l’impression industrielle et la fourniture de solutions de gestion documentaire.
Leçons à tirer
L’histoire de Kodak rappelle qu’une entreprise peut anticiper une révolution technologique… et pourtant la manquer. Ce n’est pas l’absence d’innovation qui tue, mais l’incapacité à transformer un modèle économique rentable mais dépassé. Kodak n’a pas souffert d’un manque de vision, mais d’un excès de prudence face à une disruption inévitable. L’échec de Kodak enseigne que dans un marché bouleversé par le numérique, il faut parfois avoir le courage de sacrifier son présent pour protéger son futur.
Auteur et organisation
Acteur principal : Antonio M. Pérez – PDG de Kodak (2005–2012)
Entreprise : Eastman Kodak Company
Siège : Rochester, New York, États-Unis
Secteur : Photographie, Imagerie numérique, Impression
Période
2000 - 2012
Sources

