Histoire
En 2015, la startup kenyane Sendy s'impose comme l'un des grands espoirs de la logistique en Afrique de l'Est. Fondée en 2014 par Meshack Alloys, Evanson Biwott, Don Okoth et Malaika Judd, puis dirigée par Meshack Alloys, la startup se donne pour mission de numériser le transport de marchandises. À travers une application mobile, elle connecte des chauffeurs indépendants (motos, camionnettes, camions) à des particuliers et des entreprises. Sendy résout ainsi le casse-tête de la livraison du dernier kilomètre au Kenya. Son modèle séduit de grandes entreprises comme Unilever, DHL, Maersk, Safaricom et Jumia.
Les investisseurs croient eux aussi à son potentiel. Entre 2018 et 2020, Sendy réalise plusieurs levées de fonds, dont une série A de 2 millions de dollars et une série B menée par Toyota Tsusho. Au total, la startup réunit 26,5 millions de dollars auprès d'investisseurs internationaux. Forte de ces financements, elle s'étend en Ouganda, au Nigeria et en Côte d'Ivoire, tout en développant une nouvelle activité de stockage et d'approvisionnement destinée aux commerces de détail.
Mais cette croissance rapide s'accompagne d'une explosion des coûts. Les nouveaux entrepôts, les infrastructures et les opérations logistiques nécessitent d'importants investissements. Sans avoir atteint la rentabilité, Sendy dépense jusqu'à un million de dollars par mois et devient totalement dépendante de nouvelles levées de fonds.
La situation se complique avec la pandémie de COVID-19. Les confinements, la baisse de la consommation et le ralentissement des activités de nombreux clients réduisent fortement les volumes de livraison. Pour survivre, Sendy ferme certaines activités, notamment son modèle logistique basé sur les actifs au Nigeria, réduit ses effectifs au Kenya et tente de réorienter son activité vers une gestion plus complète des commandes.
En 2022, le contexte économique mondial devient encore plus difficile. La hausse des prix du carburant, les incertitudes liées aux élections kényanes et surtout le début de l'hiver du capital-risque poussent les investisseurs à privilégier les entreprises rentables. Sendy cherche alors à lever 100 millions de dollars pour stabiliser sa situation financière. Mais l'opération échoue après le retrait d'un investisseur majeur. L'entreprise ne reçoit qu'une partie du financement espéré et se retrouve rapidement à court de liquidités.
Les licenciements se multiplient, l'activité Supply est arrêtée, les opérations au Nigeria sont suspendues et la direction cherche un repreneur. Malgré ces mesures, les difficultés financières deviennent insurmontables.
En août 2023, à court d'argent pour payer ses salariés et ses fournisseurs, Sendy est contrainte de cesser ses opérations. Le 20 septembre 2023, plusieurs sociétés du groupe sont officiellement placées sous administration judiciaire afin de permettre la vente des actifs et le règlement des créanciers. La filiale de Sendy Côte d'Ivoire est également dissoute et placée en liquidation.
Leçons à tirer
La chute de Sendy démontre que la recherche d’une expansion géographique rapide par les cofondateurs ne doit jamais se faire au détriment de la maîtrise des coûts fixes et de la rentabilité opérationnelle. En basculant vers un modèle lourd en capital dépendant entièrement de financements externes, Meshack Alloys et ses associés ont commis l'erreur de lier la survie de leur entreprise à la complaisance des investisseurs, la laissant sans défense face au retournement du marché.
Sources
https://techpoint.africa/news/sendy-ceasing-operations-selling-assets/
https://techcabal.com/2023/09/26/sendy-has-entered-into-administration/
https://www.financialafrik.com/2020/01/30/la-startup-kenyane-sendy-leve-20-millions-de-dollars/
https://afriveille.com/sendy-cote-divoire-placee-en-liquidation-judiciaire/

