Histoire
L'histoire de Sanjay Jha chez Motorola commence par une décision de "terre brûlée". En arrivant, il découvre une entreprise dispersée, développant ses propres systèmes d'exploitation obsolètes. Il prend alors un pari risqué : il abandonne tous les projets internes pour miser l'intégralité du destin de Motorola sur un système encore jeune, Android de Google.
Le récit connaît un moment de gloire éphémère en 2009 avec le lancement du Motorola Droid. Porté par une campagne marketing agressive "iDon't" (attaquant directement l'iPhone), le Droid devient le premier véritable rival crédible d'Apple. C'est une bouffée d'oxygène, mais elle est de courte durée. Motorola, piégée par sa culture d'ingénierie rigide, ne parvient pas à maintenir le rythme effréné d'innovation imposé par Samsung et Apple.
La tragédie se noue autour de la transition vers le haut de gamme. Tandis que Samsung inonde le marché avec sa gamme Galaxy, Motorola s'enlise dans des partenariats exclusifs avec des opérateurs (comme Verizon) qui limitent sa portée mondiale. Sanjay Jha tente de diversifier l'offre avec la tablette Xoom et le téléphone Atrix, qui se veut un ordinateur de poche. Mais ces produits sont chers, buggés et arrivent trop tard. La structure de coûts de l'entreprise est héritée d'une époque révolue ; chaque téléphone vendu creuse le déficit.
En 2011, acculé par des pertes massives et la pression des investisseurs, Jha accepte l'inévitable : la scission de Motorola en deux entités. Motorola Mobility est isolée et immédiatement mise en vente. En 2012, l'entité affiche une perte nette de 2 milliards de dollars. Google finit par racheter la division pour 12,5 milliards de dollars, non pas pour ses produits, mais pour son trésor de 17 000 brevets, afin de protéger l'écosystème Android contre Apple. C'est la fin de Motorola en tant que constructeur indépendant et innovateur majeur.
Leçon à retenir
La chute de Motorola sous Sanjay Jha démontre que le logiciel gagne toujours sur le matériel. L'enseignement principal pour les dirigeants est que dans une industrie à cycle rapide, la vitesse d'adaptation est plus importante que l'héritage de la marque. L'échec de Jha n'a pas été de choisir Android, mais de ne pas avoir su transformer la culture industrielle de Motorola en une culture logicielle agile. Pour les décideurs, ce cas illustre que si vous ne disruptez pas votre propre succès (le RAZR), le marché se chargera de vous dissoudre.
Auteur et organisation
Dirigeant : Sanjay Jha (Ancien PDG de Motorola Mobility).
Entreprise : Motorola Mobility (issue de la scission de Motorola Inc.).
Secteur : Télécommunications et Smartphones.
Performance : Perte de 2 milliards $ en 2012 ; Acquisition par Google (2012) puis vente à Lenovo (2014).
Erreur clé : Exécution trop lente sur le segment premium et incapacité à rivaliser avec l'écosystème Samsung/Apple malgré le pivot Android.
Période
2008 – 2012
Sources
Image : https://www.hwsw.hu/hirek/51516/globalfoundries-felvezetogyar-sanjay-jha.html

